
Fabienne Autier (EM Lyon)
Avec l’ « anti bible des ressources humaines »*, Fabienne Autier, professeur et chercheur en GRH et organisation à l’EM Lyon, propose de revisiter les pratiques actuelles des entreprises dans la gestion des hommes. Et en dresse un tableau plutôt sombre. Interview.
Pourquoi ce titre de l’anti bible des ressources humaines ? Est-ce à dire que l’on a trop proposé de « bibles » dans ce domaine ?
Pour moi, il s’agissait de prendre le contre-pied des manuels existants sur la question, qui proposent une vision de la fonction très normative, en disant « voilà comment cela devrait être ». La plupart des auteurs, y compris anglo-saxons, pensent que la fonction RH sera d’autant plus légitime si elle se présente comme les autres fonctions.
Ce qui est frappant, est que pour se rendre légitime, pour être l’égale de la fonction finance, marketing, etc, elle se présente comme une fonction comme les autres qui consiste à dérouler des méthodes, appliquer des techniques. Le problème est que précisément elle n’est pas comme les autres, parce qu’il s’agit de gérer des hommes, et de les faire gérer par d’autres hommes, les managers opérationnels, qui n’ont pas franchement le temps et n’estiment pas que c’est leur priorité. Le résultat est assez explosif, à l’arrivée personne n’est content de la manière dont cela se passe, alors que normalement, si on suivait les manuels, on pourrait dire tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !
J’ai souhaité partir plutôt de la réalité des pratiques pour proposer des pistes de réflexion et de travail.
Vous abordez aussi bien la question du recrutement, que celle de l’évaluation, la fidélisation des salariés, la formation ou la mobilité… en dénonçant des pratiques déshumanisées qui entament la relation de confiance entre les salariés et l’entreprise. Comment l’expliquez-vous ?
Le plus gros problème est le mythe de l’automatisation. Les entreprises pensent que ce sont des systèmes d’information qui vont gérer la relation avec les salariés. C’est la révolution des dix dernières années, les entreprises se sont dit ‘’super on va mettre en place des intranets, le salarié va pouvoir auto-déclarer ses congés, et bénéficier parfois de hot-lines externes qui répondent à ses questions’’.
On ne peut pas automatiser la gestion des problèmes des salariés, d’autant que très souvent la mise en place de ces systèmes a justifié la suppression de postes de responsables RH. D’un côté, on automatise, de l’autre il y a moins de proximité entre les salariés et la fonction, c’est explosif.
La GRH aujourd’hui devrait être de plus en plus subtile et de plus en plus accompagnée, individualisée. Les entreprises se heurtent à des difficultés qu’elles ne connaissaient pas il y a 20 ou 30 ans, avec des salariés qui démissionnent du jour au lendemain… Et c’est l’inverse qui se passe.
La crise exacerbe-t-elle cet état de fait ?
Paradoxalement, la crise, à court terme, soulage presque les RH, en dehors de celles qui doivent faire des plans sociaux bien sûr. Les salariés sont moins exigeants, les secteurs qui cherchaient « des talents » ont moins de difficultés… Il s’agit d’un répit, mais il ne me semble pas qu’elles travaillent actuellement à une meilleure gestion des hommes pour autant, elles restent dans une vision à court terme.
* L’anti bible des ressources humaines : recrutement, formation, gestion des compétences, mobilité… 10 principes de la GRH à l’épreuve des faits. Editeur Pearson Education France, Fabienne Autier, 22 euros.
Propos recueillis par Dominique Perez
Juin 2009